Elles portent un nom royal et comptent parmi les plus belles cours balnéaires de l’Océan Indien… Avec leur féerie d’îlots et de récifs inexplorés, leurs fonds marins poissonneux et leurs longues plages en croissant, les îles Radama, du nom du premier roi de Madagascar, offrent des plongées captivantes et une aire de navigation idyllique. Depuis dix ans, les catamarans d’Oceane’s Dream sillonnent cet archipel ouvert sur le canal du Mozambique, sur les traces des commerçants d’épices, des trafiquants d’esclaves et des pirates au long cours…
Embarquement pour une croisière épique au sud de Nosy Be, le long des côtes occidentales de l’île rouge, à la rencontre des villages traditionnels, des pêcheurs nomades et des pélagiques...

    Madagascar, M comme Maki, animal emblématique de cette île-continent, Mélange des sens, Multicolore, Mer et Montagne, Magie et Mélancolie…

Tounga sou vazaha !

Cela fait à peine une demi-heure que nous avons atterri à Nosy-Be, "la grande île" de 50 000 habitants, et déjà la chaleur et le dépaysement nous transportent dans un état second, à la fois léthargique et excitant… À mesure que nous longeons les champs de cannes à sucre ourlés d’arbres à pain et de tamariniers, le subtil parfum d’Ylang-Ylang et de vétiver mêlé à l’odeur de la latérite séchée se fait plus persistant. Depuis la piste chaotique, où nous croisons pêle-mêle villageois vêtus de chapeaux en raphia, zébus nonchalants et chèvres errantes, le bleu indigo de la mer se rapproche derrière les montagnes luxuriantes qui se superposent…

Tounga sou vazaha ! (bienvenue à toi étranger) Lascive, une jeune femme enroulée dans un lamba (pareo) et allongée devant de grandes nappes brodées étendues entre deux palmiers, me souhaite la bienvenue avec un sourire chaleureux. Elle s’appelle Marie-Claude et porte un masque facial fait à base d’une pâte masonjoany, obtenue en râpant une branche de l’arbre du même nom. Les femmes Sakalava (de la côte ouest de Madagascar) utilisent cet onguent pour nourrir leur peau et pour la protéger des ardeurs du soleil. En moins de deux minutes, Marie-Claude me propose de me faire des tresses, du change d’euros contre des aryaties (monnaie locale) et un massage de pied, tout en me vantant ses belles nappes, ses gousses de vanilles et son huile de coco miracle qu’elle a disposé sur un petit tabouret. Malgré ses dents du bonheur et sa bonne humeur communicative, la jeune femme n’aura pas de chance avec moi aujourd’hui, mais parviendra sans peine à convaincre un touriste de passage.

Si Nosy Be, n’est pas encore submergée par le tourisme de masse, les visiteurs sont chaque année plus nombreux à séjourner à Ambatoloaka (prononcez Ambatoulouk), station balnéaire située au sud de l’île, pour profiter de la luxuriance tropicale et de la richesse des fonds marins. En témoignent les hôtels de charme, restaurants, bars et gargotes, qui poussent le long des plages, où l’on croise le soir des occidentaux en short, des habitants dînant à la chandelle (l’électricité n’est pas encore arrivée jusqu’à Nosy Be !), des jeunes filles et des rabatteurs ou encore le barde local, qui enchaîne la Marseillaise sur des rythmes malgaches…

 

Une ambiance chaotique détonante qui vaut le détour le temps d’une escale, mais pour les adeptes d’escapades authentiques, seule la croisière leur permettra de découvrir les petites îles et criques inexplorées, parsemées le long de la grande Terre. Le centre de plongée Oceane's Dream basé à Ambatoloaka, est le premier à avoir lancé les croisières sud vers les Radames. Il dispose de deux catamarans tout confort pour explorer les îlots peu fréquentés de l’archipel, dont une partie a été classée réserve de biosphère par l’UNESCO. La pêche industrielle y est totalement interdite afin de préserver les fonds marins... Pour le plus grand bonheur des plongeurs...

Escale dans les îles Sakalaves

Une aire de croisière exclusive

Oceane’s Dream dresse ses voiles et met le cap vers la baie des Russes, laissant l’agitation d’Ambatoloaka dans son sillage… Deux heures de navigation plus tard et 13 miles nautiques (24km) plus au sud, nous pénétrons dans la baie des Russes. La fameuse rade ceinturée de mangroves et de collines luxuriantes sera notre premier mouillage. Rendez-vous incontournable des navigateurs, la baie est surnommée ainsi depuis le passage vers 1904 de la flotte du tsar qui s’y attarda pendant de long mois avant de se faire ravitailler en charbon… Nasdarovié ! (à la vôtre en russe !) Alors qu’un magnifique coucher de soleil embrase toute la péninsule, nous trinquons à la santé du tsar avec un punch coco local pour ce début de croisière prometteur. Pour notre premier repas, René, notre cordon bleu de bord, nous a concocté des darnes de thon tout juste pêché par les marins, accompagné de l’excellent riz local, le tout arrosé d’une délicieuse sauce vanille poivre, de Nosy Be bien sûr…

Chaque journée de croisière est rythmée par trois repas, deux plongées et quelques heures de navigation pour rejoindre le mouillage du soir dans une baie paradisiaque… À bord, les activités varient entre se laisser bercer par le clapotis de l’eau, scruter l’horizon pour repérer le souffle des baleines à bosse de passage ou vérifier si un thon ou un thazard ne mord pas à l’hameçon… Un vrai voyage de Robinson de luxe autour d’îles du bout du monde où, hormis un ou deux bateaux de charter et quelques pirogues traditionnelles, nous ne croiserons aucune autre embarcation ni aucun cargo à l’horizon.

Sur l'horizon se profilent, entre mer indigo et ciel céruléen, les voiles blanches des pirogues, qui sont souvent l'unique lien avec les hameaux reculés.

« Les îles du sud offrent un plan d’eau idéal pour les croisières » me confie Black, qui connaît tous les secrets des vents et marées des Radames. « Et pour les plongées ! » renchérit Malik, moniteur et skipper pour Oceane’s Dream depuis 2 ans. « L’archipel dispose d'un micro climat et se trouve à l'abri des alizés. La mer est donc généralement très calme avec peu de courant et sa température moyenne est très proche de celle de l'air, entre 26° C et 28°C » explique le moniteur qui s'est laissé séduire par la beauté des lieux et la diversité des sites de plongées. « Une légère brise se lève souvent en fin d'après-midi, c'est pour cela que nous organisons les plongées le matin et en début d’après-midi. »

Passionné par la cuisine, René passe tout son temps aux fourneaux pour nous concocter des plats très variés, mêlant subtilement le poisson frais du jour aux spécialités, épices et légumes locaux en passant par les plats traditionnels occidentaux.

La magie des rencontres océaniques

Pendant la navigation entre deux plongées, les passagers en profitent pour se prélasser au soleil et désaturer sur des airs rythmés de salegy, musique malgache locale qui semble inspirer notre cuisinier. Malgré notre état de somnolence, nous restons néanmoins aux aguets car sur l'océan le spectacle peut commencer à tout moment... Durant notre croisière, de petits groupes de dauphins (stenella longirostris) viendront ainsi fréquemment nous saluer. Tour à tour, ils exécutent des sauts et jouent dans l’étrave du bateau. Perchés sur notre poste d'observation sur les filets à l'avant du catamaran, nous pouvons les admirer à loisir. Parfois, l'attraction est encore plus inattendue. Nordine, le marin, pointe du doigt une grosse boule noire mouvante à cheval sur la ligne d’horizon. Black vire aussitôt de bord et met le cap sur cette drôle de masse vibrante… Des nuées d’oiseaux affleurent à la surface de la mer qui crépite, et plongent avec frénésie sur les bancs de poissons frétillants que de son côté, Nordine tente également d'appâter… « La plupart du temps, ce sont des bancs de petites sardines ou d’alevins » explique Malik, « les chasses sont un excellent moyen pour repérer les gros prédateurs comme les requins, thons, carangues et les pacifiques requins baleines. » L’équipage en croise régulièrement pendant la croisière. « Le requin nage paresseusement près de la surface, la gueule largement ouverte pour absorber les petites proies en suspension dans l'eau. »

À peine 15 minutes plus tard, nous observons un souffle s’élevant à plus de 4 m en l’air... À défaut de requin baleine, nous sommes en présence d'une magnifique baleine à bosse, du nom scientifique megaptera novaeangliae qui veut dire « grande aile ». Aucun autre cétacé ne possède d’aussi grandes nageoires pectorales. Avec une taille comprise entre 12 et 19 m de long et un poids variant de 25 à 50 tonnes, c'est l’un des plus impressionnants mammifères marins. Malgré son aspect massif, la baleine à bosse encore appelée jubarte, effectue de très belles acrobaties et saute souvent hors de l’eau pour se débarrasser des parasites. Infatigable, elle parcourt d’énormes distances lors de ses migrations depuis l'Antarctique où elle fait ses réserves, ingurgitant d’énormes quantités de krill (petites crevettes) et de petits poissons (plus de 2 tonnes par jour). En automne, elle rejoint les régions tropicales où ont lieu les ébats nuptiaux et les mises bas des baleineaux. Nous sommes en plein milieu de la saison et nous aurons l'occasion de croiser plusieurs individus sur notre chemin. Celle-ci est accompagnée d'un baleineau d'environ 5 mètres, qui fera le double au bout d’un an ! Pour l'heure, notre cétacé à fanon dresse bien haut sa queue d’une envergure de 4 mètres avant de sonder dans le bleu.

" L’adulte peut rester jusqu'à 40 minutes sous l’eau " nous explique notre capitaine Black qui a l'habitude de les observer. " Par contre, le baleineau doit remonter toutes les 5 minutes pour respirer. On va donc pouvoir les suivre un moment et se mettre à l'eau si vous le souhaitez, mais en faisant bien attention de ne pas les déranger. " Mon masque ! Et mes palmes, où ai-je mis mes palmes ?! " Une euphorie indescriptible nous gagne pour cette grande première... Du bleu rien que du bleu devant nous, nous nageons dans la direction indiquée par Black sans vraiment savoir où nous sommes. Le catamaran garde ses distances de façon à ne pas effrayer les mammifères. Alors que nous évoluons en pleine mer, j'aperçois soudain trois formes noires à -20 mètres au-dessous de nous. Il s'agit de belles raies mobula qui avancent vers nous en vol synchronisé... Enfin, devant moi surgit la forme tant espérée qui s'agrandit et devient de plus en plus nette. La baleine est immobile et nous laisse l'approcher elle et son baleineau. Les sillons de sa gorge blanche sont bien visibles et sa tête est constellée de protubérances. Son oeil nous scanne comme pour détecter le moindre danger. C'est un moment d'émotion bouleversant... L'impression d'être en présence d'un grand sage de l'univers nous envahit et on éprouve un immense respect pour ces magnifiques léviathans marins que les hommes ont amené au bord de l’extinction dès la première moitié du 20e siècle. Depuis, l’espèce est protégée et aujourd'hui on estime sa population mondiale à quelques milliers d'individus.

L'authenticité des escales Sakalaves

Montagneux ou coralliens, les îlots des Radames sont toujours ourlés de plages édéniques…

La première île, de l’archipel des Radama, est Nosy Kalakarojo située à 50 miles au Sud de Nosy Be. A l’approche de cette petite île, on pourrait croire à l’existence du paradis sur terre, l’eau y est d’une transparence étonnante et une fois débarqué les pieds s’enfoncent confortablement dans un sable poudreux à la blancheur éclatante, le décor est brut, sauvage et naturel.

Nosy Antany Mora

L’île d’Antany Mora est située à 10 miles au Sud de Nosy Kalakarojo. Abordée par le Nord, elle présente de nombreux îlots rocheux et de longues plages en formes de croissants dorés. Nous passons la nuit sur un mouillage au Nord de l'île où vit un campement de pêcheurs. Après deux jours passés à palmer et à naviguer, il nous tarde de faire quelques foulées sur le sable. Les pirogues des pêcheurs sont tirées au sec, voiles rabantées sur les antennes, et les prises de la pêche sont exposées au soleil sur des séchoirs de bois plantés dans le sable. Les hommes coupent du bois ou éviscèrent les prises du jour, un requin gris de récif et un thazard tandis que les femmes pilent le manioc et le riz ou s'occupent des enfants.

Je croise un vieil homme, Joseph, qui ramasse des morceaux de corail pour plomber ses filets. C'est le seul de la famille à parler français, héritage linguistique de l'époque coloniale. Il m'accompagne le long de la plage, le temps d'échanger quelques mots sur leur vie de nomade. Les pirogues échouées sur la plage sont les seuls biens de cette famille qui faute de logement fixe, migrent d'île en île selon les saisons en quête d'un endroit abrité et favorable pour la pêche.

Pour trouver des concombres de mer, les pêcheurs sont obligés de sonder les fonds à partir de 30 mètres alors qu'ils les ramassaient jadis dans 5 mètres d'eau. En plus d'être illégale, cette pêche est dangereuse car pour aller plus vite, les plongeurs, souvent équipés de matériel vétuste, ne respectent pas toujours les paliers.

De nombreux pêcheurs du nord ouest se sont convertis à la pêche aux concombres de mer, une denrée très prisée par les chinois qui l'achètent à prix d'or. Après de multiples accidents de plongée et des centaines de m2 de sable ratissées, la pêche est enfin interdite. Les hommes de cette famille nomade se concentrent donc à nouveau sur la pêche aux requins, thons, bonites et thazards qu'ils revendent à des intermédiaires qui achemineront le poisson vers Grande Terre ou vers Nosy Be. Un petit hôtel est en construction à quelques mètres de là pour accueillir les amateurs de pêche au gros... Peut-être une opportunité de travail. Les temps sont durs et la crainte des cyclones revient à chaque fin d'année...

 

Sa confiance acquise, Joseph me présente sa famille non sans fierté. Ils sont une quinzaine à vivre dans trois quatre cabanes en bois construites au pied d'une petite dune de sable à 50 mètres de la mer. Des pans de tissus colorés flottent dans le vent chaud des alizés, qui prend toutes sortes de formes étranges dans la fumée d'une marmite bouillante. Pleurs d'enfants nus apeurés par cette étrangère aux drôles de cheveux, rires timides d'une adolescente, regards furtifs des jeunes hommes amusés... Une ambiance bon enfant et chaleureuse d'une famille unie et démunie... qui n'a rien mais qui vit malgré tout avec les siens en harmonie dans ce cadre naturel extraordinaire des Radames...

Qu'ils vivent dans les hautes terres ou dans les îles, les malgaches sont tous fidèles au culte des ancêtres ou "Razana"... Pour eux, les défunts sont porteurs de pouvoir et sont défenseurs de la vie sur terre, matérielle autant que spirituelle. Chaque ancêtre garde son individualité et ses attaches familiales. Son pouvoir est révélé à travers des "ordres sacrés" qui dictent l'organisation politique, culturelle, médicale de la famille ou de la communauté. Ainsi, les malgaches respectent de nombreux "fady" (tabou), dans leur vie quotidienne. À chaque grande occasion marquant la vie (construction d'une maison ou d'une pirogue, d'un mariage, etc) "Razana" sera consulté, invoqué. Des animaux (poulets, zébus) ou des aliments (rhum, miel, etc.) seront alors offerts en sacrifice ou en libations. Par exemple, l'inauguration d'un vol inaugural d'un Boeing 747 de la compagnie nationale Air Madagascar peut donner lieu à un sacrifice de zébus...

Nosy Iranja

Véritable carte postale grandeur nature, Nosy Iranja, qui pourrait être traduit par l’île aux tortues, est située à 27 miles au Sud de Nosy Be. Elle est composée de deux îles, reliées entre elles, par une mince et longue frange de sable blanc qui se révèle à chaque marée basse.
Iranja Kely, la petite île, d’une surface de 13 hectares, accueille un hôtel international tandis que sa voisine d'en face Nosy Iranja, est plus authentique.

La rivière Baramahamay

Le village de Maroariva est niché dans l'embouchure luxuriante de la rivière Baramahamay. Le chantier de construction de boutres assure un revenu à ses habitants qui vendent également du miel sauvage et des crabes de palétuviers.

 

Après une journée intense de plongée et de navigation, les croisiéristes apprécient l'accueil chaleureux des habitants de Maroariva et notamment l'apéro de rigueur au bar "Chez Josiane et Théophile" pour goûter au fameux rhum arrangé au miel.

 

Immersion le long du canal du Mozambique

Notre première plongée a lieu sur le Tombant Black, du nom de notre capitaine malgache. Le site situé sur le banc du cyclone à 40 miles nautiques de la baie des Russes. L’archipel des Radames étant situé sur le plateau continental, toutes les immersions se déroulent le long des bancs et tombants bordant le canal du Mozambique. La mise à l’eau se fait généralement à partir du catamaran afin de bénéficier de l’aide des marins et d’une meilleure stabilité.

Des ambiances peu colorées mais bouillonnantes de vie

Après un saut droit vrillé pour les uns et plus maladroit pour les autres, le moment tant attendu arrive enfin. Visibilité à 20 mètres, température de l’eau à 26 °C, binôme à portée de main, tout va bien. Un banc de fusiliers striés de lignes jaune et bleu électrique passe en trombe devant nous : premier contact avec les habitants à écailles des Radames. Nous suivons nos ambassadeurs pressés de nous quitter jusqu’au plateau récifal accessible à partir de 20 mètres de profondeur.

L’ambiance corallienne est assez décevante et il en sera de même pour la plupart des sites. Une bonne partie du corail a blanchi depuis le passage d’El Nino en 1998 et souffre encore des effets de la houle du large et des cyclones, dont le plus virulent, Gafilo a laissé des traces depuis mars 2004. Bien que peu coloré, le récif bouillonne pourtant de vie. Les poissons anges, cochers, chirurgiens et papillons sont légion et cohabitent en toute harmonie avec les familles de platax et de perroquets ainsi qu'avec les bancs de lutjans très fréquents. Un petit groupe de carangues arc-en-ciel déboule du large tandis qu’un timide requin du lagon à pointe blanche glisse le long du tombant… Nous longeons le bord du plateau tombant main gauche en gardant un oeil dans le bleu où thons à dent de chien et carangues ignobilis en quête de repas font de fréquentes apparitions. Je ne sais pas si c’est l’heure de pointe, mais le trafic est dense !

Qu’on se le dise, les eaux malgaches sont très poissonneuses. On y rencontre la faune classique de l'Océan Indien, de l’emblématique poisson-ange semi-cerclé aux raies pastenagues et manta, jusqu’à la tortue, avec une mention particulière pour les pélagiques… À trop scruter le bleu, je me retrouve soudain nez à nez avec un tetrodon masqué. Je m’attends à ce qu’il déguerpisse sur-le-champ, mais à ma grande surprise, il me fait toujours face, son joli minois fixant mon objectif… Ce n’est qu’après trois coups de flashes qu’il se lasse de ma compagnie.

 

Un peu loin, une belle raie pastenague à pois bleus est tapie sous une voûte corallienne. Je m’approche d’elle tout doucement pour immortaliser la scène, tandis qu’elle garde sagement la pause… Un comportement peu farouche que les photographes et vidéastes savent apprécier. À chaque immersion, je serai agréablement surprise par la facilité d'approche des poissons malgaches et m'étonnerai de cette familiarité, les eaux des Radames n'étant pas fréquentées par des hordes de plongeurs.

Des plongées multi-niveaux et multi-goûts

Tombant d'Alimdy et de Nosy Iranja, tombant ouest de Nosy Ovy (la plus grande des îles Radama), tombant sud canyon... Les plongées s'enchaînent sur les récifs le long du plateau des îles Radames où se réfugient toute la faune habituelle de l’Océan Indien, mais aussi les pélagiques venus du large ou des grandes profondeurs. Des rencontres qui nous apportent à chaque fois leurs lots de surprises : bancs compacts de lutjans, nasons, thons, carangues, thazars, barracudas et platax... Les adeptes des prédateurs sont comblés tandis que les fans de macros s'amusent à dénicher les nudibranches, danseuses espagnoles et murènes rubans cachés dans les anfractuosités. Nous croiserons quelques tortues mais à part deux ou trois requins de lagon et quelques passages furtifs de requins gris de récif, nous n'observerons pas d'autres squales...

 

La plupart des récifs, accessibles à partir de 15 mètres de profondeurs, sont entourés d’étendues sableuses colonisées par des centaines d'anguilles jardinières qui se balancent au gré des courants. Il faut avancer à palme de sioux pour les photographier avant qu’elles ne disparaissent en un clin d’œil dans leur trou de sable.
Le dernier jour de la croisière, une plongée est programmée sur banc Louis à l'entrée de la baie de Nosy Be. Ce site est réputé pour sa concentration de poissons et pour son relief varié. Malgré une visibilité réduite à moins de 10 mètres, nous apprécions beaucoup la visite étourdissante de ce récif aux airs de mégalopole où s'agglutinent des milliers de poissons d'espèces diverses. Je me faufile parmi les bancs le plus discrètement possible, m'immobilisant et me laissant aller au rythme du léger courant.... J'en oublie presque de prendre des photos !

Les plus belles plongées autour de Nosy Be

Nosy Be est une île merveilleuse dont les charmes se visitent autant à terre, dans le creux de ses montagnes, que sous l'eau, au détour de ses nombreux récifs... Aussi, est-il vivement conseillé aux croisiéristes de séjourner deux ou trois jours sur l'île avant ou après la croisière. Le centre Oceane's Dream propose une vingtaine de sites à partir d'Ambatoloaka, situés pour la plupart au Sud-Ouest de l'île.

S'il y a une plongée à ne pas manquer c'est celle de Nosy Tanikely, une île située au Sud de Nosy Be à 6 miles d’Ambatoloaka. Accessible à tous les niveaux, les fonds coralliens de cette petite île sont particulièrement bien préservés et extrêmement riches en faune et flore. Les plongeurs ont l'impression d'évoluer dans un parfait aquarium multicolore où se croisent et se recroisent de multiples bancs de poissons.

Considérée comme une réserve marine, il est interdit d’y pêcher poissons et coquillage. Sur terre il est possible d'admirer les fameux lémuriens, quelques caméléons et des chauves-souris frugivores qui colonisent certains arbres. Un vieux phare datant de près d’un siècle domine l’île et offre un panorama exceptionnel.

Au large de l'île de Tanikely, à 2 miles d’Ambatoloaka, quatre épaves ont été coulées volontairement sur un fond sablonneux de 27 mètres il y a quelques années : un chalutier en bois, un gros chalutier en fer et 2 voiliers de plaisance qui ont été dépollués puis coulés pour servir de récif artificiel. Si les trois autres épaves n'ont pas grand intérêt, l'épave Zaïda, un petit boutre de 20 mètres, est un must. Au premier abord, on devine seulement la carcasse tant la faune qui a colonisé ce récif artificiel est dense. C'est un pur bonheur que de se retrouver face à ce mur de poissons où évoluent bancs de lutjans, platax, carangues et mérous tandis que tapies sur le fond sablonneux de très belles raies pastenagues surveillent les lieux. La visibilité varie beaucoup et mieux vaut se lever tôt pour optimiser les chances de clarté de l'eau. Ce site est accessible aux plongeurs niveau II minimum.

Le Piton enchanté de Greg wall

C'est de loin, le site de plongée le plus remarquable des Radames, aussi un minimum de deux immersions s'impose pour profiter pleinement de la splendeur du décor et de la richesse de la faune et flore. Situé en pleine mer au large de l’île d'Antany Mora, le platier de Greg Wall est accessible à partir de 13 mètres de profondeur.

Souvent, les plongeurs sont accueillis par de belles danseuses espagnoles qui y ont élut domicile. L'idéal est de commencer directement par la visite de la grotte dont l'entrée se trouve à -35 mètres, en descendant le long d'un tombant vertigineux qui dégringole jusqu'à plus de 80 mètres. Nous nous engouffrons en file indienne dans un tunnel de 15 mètres de long. La pénombre nous plonge dans une ambiance un peu angoissante qui se dissipe rapidement avec la rencontre des habitants de cette crypte sous-marine... En braquant ma lampe sur la voûte, qu'elle n'est pas ma surprise de découvrir le plafond orné de petites éponges jaunes et orangers parmi lesquelles se prélassent quelques crevettes à l'ombre des regards. Sur le chemin, nous croisons quelques lutjans affolés par nos faisceaux ainsi qu'une belle cigale de mer qui active ses antennes sur notre passage comme pour nous dissuader de l'imaginer dans notre assiette. Nous nous dirigeons vers la sortie de la grotte, attirés comme des papillons par le trou bleu qui s'élargit au fur et à mesure de nos coups de palmes. Embouteillage à la sortie... Quand vient enfin mon tour de m'échapper de la pénombre, je reste moi aussi bouche bée devant la beauté du spectacle : à 50 mètres devant moi se dresse un piton rocheux couvert de gorgones géantes, de grappes d’alcyons mauves, de corail noir et d'éponges multicores qui s'élance jusqu'à 25 mètres de la surface...

 

La baie d'Along version sous-marine ! Impossible de résister à l'envie d'admirer le pinacle de plus près et de rejoindre le cercle oecuménique des plongeurs, carangues, mérous, fusiliers, gaterins(...) qui virevoltent et tournent autour du piton tels des pélerins autour d'un temple hindou décoré. Étourdie par cette débauche de vie et de couleurs, je prends du recul pour admirer le décor et apprécier l'harmonie du moment qui inspire quelques minutes de recueillement. Envahis par un sentiment de sérénité, nous remontons vers le sommet du piton où butinent une nuée de cochers, anges et autres papillons et d'où le panorama est différent.

En rejoignant le tombant, je me remémore les conseils de Malik lors du briefing pour dénicher deux petites merveilles cachées dans l'anfractuosité d'une faille à 20 mètres de profondeurs. J'aperçois enfin le froufrou jaune d'une élégante murène ruban (rhinomuraena quaesita). Véritable drag queen des fonds marins, cette espèce de murène change de sexe et de couleur avec l’âge. Nous sommes ici en présence d'un adulte vêtu d’une robe bleu électrique qui tranche avec le jaune vif de sa tête. Les juvéniles, qui portent une robe noire ornée d’une rayure jaune se prolongeant tout le long du corps, se transforment en femelle avec une robe entièrement jaune.

 

Ces drôles de mœurs ne sont pas du goût de la murène javanaise voisine qui, à part nous montrer ses dents à crochet ne change ni de couleur ni de sexe. En continuant à longer le tombant main gauche, le décor devient monochrome, mais les rencontres avec les prédateurs se font plus fréquentes. En arrivant au bout du tombant qui descend en pente douce jusqu'au fond, on a véritablement l'impression de débouler sur la place de la Concorde. N'étant plus abrités par le tombant, nous sentons le courant du large de la marée montante qui apporte son flux régulier de nourriture... Plusieurs bancs de bécunes, de carangues dorées et de carangues à nageoires bleues se croisent et se recroisent avec vivacité et légèreté, tandis que de grosses carangues ignobilis leur grillent la priorité avec une allure plus indolente mais non moins menaçante. Mon binôme me pointe du doigt deux gros mérous tachetés qui arrivent sur notre droite au même moment où j'aperçois un thazard dans le bleu. Un convoi exceptionnel composé d'un énorme thon à dents de chien de 3 mètres entourés d'une escorte de poissons soldat remonte du fond. Il ne remontera malheureusement pas assez proche de nous pour pouvoir l'immortaliser...

L'animation est garantie à cet endroit et pour pouvoir en profiter pleinement des rencontres avec la faune pélagique, il est conseillé de s'y attarder en deuxième plongée, selon les marées favorables, et de passer moins de temps sur la grotte et le piton en début de plongée.

Croisière madagascar